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À poil national

Salut, je suis l'esprit de la crise. Du grec krisis, décision.
Laisse-moi t'expliquer de quoi il retourne. Donc autrefois il était un pays, le tien, où régnaient des gens avec des médias qui étaient à eux. Même que les médias s'appelaient l'ORTF, tu vois que les gens devaient être peu évolués, pour se laisser informer par un truc qui avait un nom d'éternuement en serbo-croate. La différence, c'est qu'à l'époque on était tolérant. On voyait des vieux blancs prostateux grotesques bavasser à la télé, on regardait béats des CRS tabasser des jeunes à tour de bras sur des barricades en trouvant ça original, on avait comme préfet de Paris un certain Maurice Papon et on le trouvait presque aussi rassurant que Monsieur Sarkozy, bref on acceptait tout un monde en costard, parce qu'on savait que ce monde, il allait nous amener la joie, la sérénité, des augmentations de salaire et la télé noir et blanc. Sans compter la Dauphine (cherche sur Google) dont le moteur était un grand sujet de recherche (hi hi) passé le 80 000ème kilomètre, mais le même monde en costard nous promettait qu'on en changerait bientôt. Bref, on était bien, et il n'y avait aucune décision à prendre, et surtout pas en grec. Et ce n'étaient pas quelques bou...euh, quelques immigrés dans leurs bidonvilles qui allaient nous emmerder. Ils faisaient ce qu'ils voulaient. On était to-lé-rants, je te dis.
Et puis le grand désappage est arrivé. Dans les années 80, un président américano-alzheimerien et puis mort s'est allié à une épicière britannique pour nous expliquer que c'était fini, que l'ORTF allait être en concurrence avec des fabricants de béton, et que pour avoir une Dauphine neuve (une Clio, ça s'appelle) eh bien il faudrait se battre à coup de cric. Du coup, les gens qui dormaient ça les a réveillés. Et tu sais comment on est, au réveil : on a pas les yeux en face des trous. On voit plus pareil. Du coup, on, a commencé à se rendre compte que les costards en synthétique luisant, on voyait le bide et la chaude-pisse au travers. On a commencé à voir qu'il fallait nettoyer le caca de l'industrie et des oâtures. Bouh, nettoyer tout ça...quelqu'un d'autre peut pas le faire ?? On a commencé à voir les euh, immigrés. Pas à s'en occuper, je te rassure, mais au moins à les voir. Et tu sais comment c'est : dès que les gens voient qu'ils ont un public, ils font les intéressants.
Bref, c'est la crise de la grande maladie infantile, celle du petit enfant d'Andersen : on voit le roi tout nu.
C'est la première fois que ça arrive, alors on est un peu déboussolés. On est même prêts à voter pour le premier truand venu, c'est te dire. Mais ça passera. C'est ce que dit le docteur. Et le docteur, il se trompe jamais. Euh, pas vrai docteur ?

Je te laisse, c'est l'heure de la visite médicale. Tous à poil.

[Merci à Arno pour le titre]